"Comme on peut"

Fabrice Dekoninck et Sylvain Demange ont entrepris un travail relatif aux combats qui se sont déroulés aux Éparges un an avant le début de la bataille de Verdun afin de mettre en lumière cette partie historique de la Première Guerre Mondiale. Les auteurs ont décidé de donner un éclairage particulier à cette bataille encore peu connue du grand public. De février à avril 1915, vingt mille combattants français et allemands ont été tués, blessés, prisonniers dans des conditions incroyables, pour la possession d’un éperon rocheux dominant la plaine de la Woëvre. Le projet « Comme on Peut » aborde la question du travail de mémoire, au travers de l’empreinte indélébile que les combats ont laissé sur le champ de bataille, mais également dans la mémoire des habitants de la région. Un siècle après les évènements, la terre des Hauts de Meuse parle encore et interroge le visiteur : paysages dantesques d’entonnoirs de mines démesurés, cratères lunaires laissés par les trous d’obus que le temps s’évertue à combler, cicatrices des tranchées mutilant les paysages de la forêt meusienne... Aux Éparges, ici plus qu’ailleurs, la beauté éblouissante des paysages se mêle à l’évocation de la souffrance des hommes qui y ont combattu. Ces hommes, nos poilus, nous interpellent à chaque pas sur le champ de bataille, et, irrémédiablement, nous confrontent à l’inconcevable. Car ces lieux résonnent encore de la voix des soldats de Ceux de 14, que l’écrivain Maurice Genevoix (1890-1980), lui- même combattant aux Éparges, nous restitue avec émotion : « Notre guerre... Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j'ai connus... Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort. » S'échelonnant sur une période de sept ans, ce travail photographique au long cours associant images et littérature, interroge la difficulté de transmission aux nouvelles générations, de ce que Maurice Genevoix qualifait lui-même « d’intransmissible ».

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